Broché
Cible principale
Tout publicRésumé
Roxane découvre en pleine nuit son mari inconscient étendu sur le sol. Les pompiers emmènent Jules en réanimation, ses quatre-vingts ans ne jouent pas en sa faveur. S’ensuit pour les soignants une course contre la mort. Quand Cléo rend visite à son père, elle pense connaître ses volontés. Doit-elle les révéler et bouleverser la dynamique de ce service ?
Ce roman choral explore le rôle de chacun auprès d’un homme en fin de vie et s’interroge sur ce qu’on lui doit. De Lucie, l’aide-soignante irrésistible à Edgar, le chef de service complexé, de Cléo, la fille tourmentée, à Roxane, la pianiste pétillante, qui endossera la responsabilité du sort de Jules ?
Citations
Prologue
Sonate L’Aurore. Allegro con brio. Beethoven
« Allo Maman ?
— Cléo, il faut que tu leur expliques.
— Maman, que se passe-t-il ?
— Il faut que tu leur expliques. Papa, son cœur, ses médicaments. Je ne sais plus, moi.
— Où est Papa ?
— Par terre. Dans le salon. Les pompiers, il faut que tu leur expliques.
Pénétrer dans une chambre de réanimation bouleversait les visiteurs, Isabelle le vérifiait fréquemment. Avant même de découvrir le malade, ils sursautaient aux cris des alarmes. Ils assimilaient instantanément la litanie de certains soignants aigris : « c’est pas l’hôtel ici ». Il fallait s’occuper des proches presque autant que du patient, les accompagner, les rassurer. Quelquefois c’était douloureux : plus on se rapprochait d’eux, plus on entrait dans leur intimité, plus le risque de souffrir s’amplifiait. Mais enfin c’était son métier. Quand ça marchait, quelle fierté...
Elle s’assit au bord du lit. Elle aurait voulu ne pas le reconnaître sous cette forêt de tuyaux en plastique assemblés par des jonctions bleues, vertes, rouges. Y avait-il un sens à ces couleurs ? Elle aurait voulu pouvoir dire : « mais non, ce n’est pas lui. » et quitter l’hôpital. Mais c’était bien lui. Enfin son enveloppe malmenée derrière une armure de plastique froide, qui la tenait à distance. Elle frôla l’avant-bras, effleura l’épaule, pressa le front. « Ciao, Casanova ! Est-ce que tu m’entends ? Je ne sais pas quoi te dire, mais Cupidon est là.»
Reste avec moi.Comment marcher sans ton bras ? Comment voir sans ton regard ? Comment parler sans tes mots ? Reste ou emporte-moi. Oh ! Je t’entends, tu sais... Non, Cléo ne m’aidera pas. Je suis une femme, pas une mère. Je suis ta femme. Je ne peux vivre qu’auprès de toi, malgré tes colères et ton impatience, malgré l’âge qui nous démolit. Je n’aspire qu’à tes bras, tes caresses, tes baisers. Sans toi, je ne saurai pas. Sans toi, je ne serai qu’une silhouette sans âme, sans chair, sans corps, sans désir, sans vie. Bats-toi, Jules, je t’en prie. Je ne vis qu’avec toi.
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